INVESTIR DANS LES SUPPORTS IMMOBILIERS
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VIVARTE

Les associés de SCPI de commerces gagneront à examiner de près l'impact possible sur les résultats de leur patrimoine si celui-ci se trouve exposé à l'une ou plusieurs des enseignes du groupe. Une interpellation des conseils de surveillance constitue une première précaution.

Que redouter dans les SCPI de commerces de la situation du groupe VIVARTE .

VIVARTE est un holding qui coiffe treize grosses chaînes d'habillement et de chaussures :

1. Chaussure de marque :

 

ANDRÉ
MINELLI
SAN MARINA
PATAUGAS
COSMOPARIS

2. Mode de marque :

CAROLL
KOOKAÏ
CHEVIGNON
NAF NAF

3. Mode grande diffusion :

LA HALLE

4. Chaussure de grande diffusion :

LA HALLE AUX CHAUSSURES
BESSON

5. International :

MERKAL
FOSCO

 

Le problème est que ce groupe est au bord de la faillite. Ce fait n’est pas nouveau et il y a déjà eu des fermetures de magasins accompagnées de plans sociaux massifs.

Les SCPI de murs de commerce sont les plus exposées à présenter dans leur patrimoine des boutiques dédiées  à une ou plusieurs des enseignes précitées.

Certaines représentent près d'un millier de locaux commerciaux, voire davantage. Ceux-ci ont répartis dans toute la France, particulièrement en banlieue et en province.

Il y a cependant un évènement nouveau : VIVARTE vient de limoger son PDG pour le remplacer par une personne ayant la réputation de lancer des plans sociaux considérables sans état d'âme.

C'est ainsi le 5ème PDG en 4 ans. De leur côté, les syndicats se préparent à un conflit très dur, le tout ne risquant pas d’arranger la situation à terme.

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Ainsi, LE MONDE DE L’ECONOMIE du 02.11.2016 rapporte :

 

Vivarte  : le « tableau de chasse » du nouveau patron inquiète les salariés

Patrick Puy devait rencontrer les syndicats du leader français de l’habillement mercredi 2 novembre.

Moins d’une semaine après sa nomination surprise à la tête de Vivarte (La Halle, André, Minelli, Kookaï…), Patrick Puy devait rencontrer, mercredi 2 novembre, les organisations syndicales du leader français de l’habillement, qui emploie 17 000 salariés en France.
Ces rencontres, appelées à se succéder toute la journée, s’annoncent sous haute tension. « J’attire juste votre attention sur le fait que la CFDT sait qui vous êtes et ceux que vous représentez », a prévenu Jean-Louis Alfred, le coordinateur CFDT de Vivarte dans un courriel adressé au manageur : « Sans âme, sans moralité, juste un flingue chargé pour faire le boulot. »

Le profil de M. Puy, qui se définit comme un « médecin urgentiste » des entreprises en difficulté, alarme les syndicats. La CFTC Vivarte déroule même sur son site le « tableau de chasse » de M. Puy, des 4 000 suppressions de postes chez Moulinex, en 2000, aux 400 enregistrées chez Arc International, en 2014. L’organisation y ajoute le lien d’une vidéo, tournée en 2011, où M. Puy explique que le manageur de crise doit être « une espèce de mule (…) acceptant de faire des choses pas normales, pas morales, pas justes, (…) sans penser au développement de l’entreprise ».

Quatrième dirigeant en deux ans :

Patrick Puy succède à Stéphane Maquaire débarqué fin octobre moins de six mois après sa prise de fonctions.

Au-delà du pedigree du nouveau dirigeant, les partenaires sociaux dénoncent la valse des manageurs organisée par les fonds américains, qui ont pris le contrôle de Vivarte à la suite de la restructuration financière de 2014. Quatrième dirigeant en deux ans, M. Puy succède à Stéphane Maquaire, ancien patron de Monoprix, débarqué, jeudi 27 octobre, par le conseil d’administration qui l’avait adoubé en février 2016. Cette éviction a entraîné, dans la foulée, la démission du président de Vivarte, Pierre-Antoine Gailly, ex-président de la chambre de commerce et d’industrie de Paris-Ile-de-France.
« M. Maquaire a été viré, car les fonds actionnaires ne lui ont pas pardonné d’avoir obtenu, en juillet, la nomination d’un mandataire ad hoc. C’est une vengeance », tranche un bon connaisseur du dossier. M. Maquaire voulait préparer une renégociation de la dette du groupe. Avec un excédent brut d’exploitation de 55 millions d’euros seulement sur son exercice 2015-2016 clôturé en août – au lieu des 140 millions prévus dans le plan de 2014 –, Vivarte croule sous plus de 1,3 milliard d’euros d’endettement.

Oaktree, Alcentra, Babson et GLG, qui avaient accepté, en 2014, de tirer un trait sur 2 milliards d’euros de créances, en échange de leur montée au capital, veulent éviter un nouvel effacement de dette. Mais, surtout, ces fonds actionnaires – qui occupent six des neuf sièges au conseil d’administration – craignent d’être écrasés au capital en cas de nouvelle restructuration, au profit, cette fois, des fonds qui ont injecté 500 millions d’euros de nouvelle dette dans Vivarte en 2014.

Pilotage erratique :


Entre le « old money », emmené par Oaktree, et le « new money » des Anchorage ou Hayfin, l’ambiance s’est tendue. Les premiers laissent d’ailleurs entendre que M. Maquaire caressait l’idée de monter une reprise de Vivarte avec le soutien des seconds.


Une certitude, du fait des modalités associées aux divers instruments financiers qu’ils détiennent, tous ces fonds de dette n’ont pas les mêmes objectifs. « Schématiquement, les fonds actionnaires ont intérêt à vendre des actifs pour se rémunérer au plus vite, tandis que le “new money” a davantage intérêt à viser le redressement de l’entreprise », poursuit ce bon connaisseur de Vivarte.


Des intérêts d’autant plus complexes à analyser que ces acteurs financiers ont diversifié leurs risques : Oaktree par exemple, le leader des fonds actionnaires, est également le plus gros contributeur de nouvelle dette.
Le pilotage erratique du groupe commence à embarrasser l’exécutif, à six mois de l’élection présidentielle, même si le sort des vendeuses du commerce suscite rarement autant d’émoi que celui des ouvriers d’Alstom ou de ArcelorMittal.

« Nous suivons avec attention la situation du groupe et nous dialoguons régulièrement avec les dirigeants », indique une source proche du gouvernement.

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Source : Le Nouvel Observateur :

L'arrivée d'un nouveau PDG à la tête du groupe textile et chausseur ravive les craintes d'un démantèlement, après l'annonce d'un plan social au printemps 2015. Coup de gueuIIe de Jean-Louis Alfred, coordinateur CFDT du groupe.


Salle week-end de la Toussaint pour les 17.500 salariés de Vivarte. Le jeudi 27 octobre, le conseil d’administration de Novartex (groupe Vivarte) a débarqué Stéphane Maquaire, PDG du groupe depuis le 19 avril, et installé dans son fauteuil Patrick Puy. "Au regard de son expérience significative en matière de redressement rapide d’entreprise", disent les actionnaires. En clair, pour les syndicats qui le rencontraient ce mercredi, il s’agit d’un cost killer qui vient pour achever le démantèlement de l’entreprise.

C’est peu dire que les salariés de Vivarte sont inquiets. Depuis deux ans, ils assistent impuissants à la vente ou à la restructuration de leurs enseignes et ont l’impression de servir uniquement les intérêts de fonds vautours désireux de récupérer leur mise. De fait, en août 2014, douze fonds d’investissements, dont quatre actionnaires de référence - Oaktree, Alcentra, Babson et Golden Tree -, rentrent au capital de Vivarte en rachetant la dette (décotée) des 116 créanciers du groupe qui renoncent dans le même temps à 2 milliards d’euros de dette (sur 2,8 milliards d’euros).

Les nouveaux fonds acceptent de mettre au pot 500 millions d’euros pour relancer le groupe d’habillement et en prennent le contrôle. Marc Lelandais, PDG depuis 2012, qui avait pourtant mené à bien l’opération de restructuration, est évincé dans la foulée. Richard Simonin, un ancien de la Redoute et de Givenchy, est alors nommé directeur général et commence à licencier (environ 1.500 salariés) tout en fermant un certain nombre de magasins. Une restructuration qui ne satisfait apparemment pas les actionnaires. A la surprise générale, en avril dernier, Stéphane Maquaire, président de Monoprix depuis 2010, prend sa place. Avant d’être limogé à son tour… Entretien avec Jean-Louis Alfred, le coordinateur CFDT du groupe.

Comment avez-vous appris le départ de Stéphane Maquaire ?

Stéphane Maquaire a été débarqué du jour au lendemain ! On a appris son éviction alors qu’il était déjà dehors. Il venait de nous présenter un plan sur trois à cinq ans qui nous semblait plutôt bien. On était même montés au créneau en disant qu’on le validait. Lui, il nous avait dit qu’il allait "faire avec nos moyens". Il pensait trouver du cash en vendant les enseignes en Espagne et mettait en place une stratégie qui misait sur les centres-villes. Son plan avait été proposé trois fois aux actionnaires. Mais il avait été refusé trois fois. La dernière, au moment où il représentait son plan, il avait choisi de mettre la société sous mandat ad hoc.

Comment expliquez-vous cette éviction ?

Le mandat ad hoc est tombé hier. Et la tête de Maquaire en même temps. Je ne comprends pas pourquoi ils sont allés le chercher, si ce n’est pas pour suivre ses recommandations. Lors de la présentation du premier plan, en août, les fonds ont dit qu’il n’allait pas assez loin. Faut-il penser qu’il s’agit d’une erreur de casting ? Qu’il n’allait pas assez loin dans le dépeçage ? Richard Simonin non plus ne voulait pas aller plus loin…

Les salariés ont déjà beaucoup payé cette restructuration...

Oui, Richard Simonin avait déjà fait le gros du boulot. Il y a eu quatre PSE [plan de sauvegarde de l'emploi, NDLR] depuis l’arrivée des fonds. Il y a eu 1.400 suppressions de postes sur La Halle aux vêtements ; Défi Mode vient d’être vendu ; Kookaï cherche un repreneur ; La Vosgienne de la Chaussure - notre dernière usine - est tombée dans l’escarcelle d’un groupe allemand. Chevignon et Pataugas sont en vente aussi. Globalement, nous avons perdu six entités. Et on nous dit qu’il faut aller plus loin encore. Il reste Caroll, Naf Naf, les deux Halles, San Marina, Minelli…

Vous venez de rencontrer Patrick Puy. Quelle impression vous a-t-il fait ?

Il dit qu’il veut poursuivre le plan initié par Stéphane Maquaire. Que son éviction est juste une histoire de personne. Mais regardez son CV. C’est un tueur. Pour nous, il va dépecer le groupe et faire le salle boulot pour des fonds que nous, nous n’avons jamais rencontrés. Ces fonds veulent surtout récupérer leur mise de départ, les 500 millions d’euros qu’ils se sont prêtés mutuellement et qui leur rapportent beaucoup d’intérêts.

Vous avez l’impression d’avoir été abandonnés par les pouvoirs publics ?

Les plans sociaux ont été très durs. Il y a eu 3.000 licenciements en deux ans sans que personne ne lève le petit doigt ! Et je pense que bientôt, il ne restera plus personne. On hallucine ! Aucun politique n’a bougé, pas même le plus petit maire de la plus petite commune de France ! Il reste 17.500 salariés. Des personnes qui sont déjà en situation de grande précarité : 51% de temps partiel et 80% de femmes. Des gens qui sont souvent sous le seuil de pauvreté.

Comment réagissent les salariés ?

Ils se disent qu’ils sont considérés comme des sous-citoyens. Nous sommes prêts à bloquer les deux dépôts des Halles. On mettra le feu s’il le faut. On n’a plus rien à perdre. Personne ne nous entend depuis deux ans et demi.

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Monsieur Stéphane Maquaire aurait été écarté parce que son plan n'était pas assez dur selon les actionnaires.

Voici ce qui a été présenté le 29 septembre dernier :

Vivarte va céder une centaine de magasins La Halle en France.


JEAN-NOËL CAUSSIL. | MAGASINS & ENSEIGNES, STÉPHANE MAQUAIRE, VIVARTE
PUBLIÉ LE 28/09/2016
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Stéphane Maquaire, en poste depuis le printemps dernier, présentait la semaine dernière son plan stratégique à cinq ans destiné à redonner au groupe d’habillement et de chaussures sa place de numéro un.

Pour « redevenir le leader du commerce de l’habillement et de la chaussure », comme il s’en fixe l’ambition, Vivarte va commencer par fermer une centaine de magasins La Halle de plus. « De plus », car le parc a déjà été largement nettoyé depuis deux ans.

Pas moins de 40 % des boutiques La Halle Mode & Accessoires fermées, pour passer de 600 magasins à, aujourd’hui, 370, quand il reste encore 680 La Halle aux Chaussures.

L’une des rumeurs qui circulaient évoquait d’ailleurs une fusion de ces deux enseignes pour former un ensemble de plus de 1 000 boutiques. Il n’en sera finalement rien, même si, avec ce plan stratégique à cinq ans qui vient d’être présenté, les deux marques vont être appelées à se rapprocher de plus en plus.

Ainsi, l’idée va être de « s’appuyer sur l’atout majeur que représente le nom La Halle, connu de tous, et qui signifie tout autant un lieu populaire, familial, où on se rencontre, qu’un lieu de commerce où le client vient trouver la mode qui lui plaît et à un prix accessible », comme l’indique la direction du groupe. Plus concrètement, il est donc prévu de créer une plate-forme commune pour le vêtement et la chaussure, avec un élargissement de l’offre, « pour mieux répondre aux aspirations nouvelles des clients ». L’« amont », comme on dit, va de toute évidence fonctionner désormais de concert. D’où, en « aval » cette fois, cette décision de « revoir le parc de magasins », zone de chalandise par zone de chalandise, en fonction des habitudes de consommation observées « et des rentabilités des points de vente ».

Réduction de l’endettement

Les autres enseignes de Vivarte, et notamment celles de centres-villes, comme Minelli ou San Marina par exemple, vont, elles aussi, voir toute leur organisation remise à plat, tant sur leur offre que sur leur positionnement prix ou leur concept. Avis de gros œuvre en perspective donc… Pour accompagner ce travail colossal, le groupe annonce mettre 500 millions d’euros sur la table, sur cinq ans.

Et comment faire pour dégager autant d’argent quand on est, comme c’est le cas historiquement pour Vivarte, aussi endetté ? Deux manières pour cela. D’abord, négocier une nouvelle restructuration financière. C’est chose faite, et cela va « aboutir à une nette réduction de [notre] endettement d’ici au début 2017 », comme s’en réjouit le groupe. Mais aussi, deuxième solution, en se délestant de quelques marques. Ainsi, après avoir déjà mis en vente Kookaï, Chevignon et Pataugas, en juillet dernier, le groupe annonce vouloir faire de même avec sa chaîne de magasins de chaussures Merkal, en Espagne.

Et voilà donc, in fine, de quoi faire un « plan stratégique à cinq ans ». Vous trouvez que cela sonne davantage comme du « nettoyage » que comme du renouveau enthousiasmant ? Vous avez sans doute raison, mais l’état du groupe exige d’en passer par là. Et puis, même si c’est noyé parmi des annonces plus « socialement difficiles » à entendre, il faut aussi avoir en tête cette volonté, affichée par le groupe, de faire de Cosmoparis – une petite vingtaine de boutiques aujourd’hui –, son laboratoire d’idées pour demain.

« La vocation de cette enseigne est de montrer la capacité du groupe à créer de nouvelles activités », assure Vivarte.

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VIVARTE ne serait pas la seule grande chaîne d’habillement et de chaussures à fermer.

BATA, par exemple est pratiquement liquidé et beaucoup d'autres sont en difficulté.

Quand les grosses chaînes ont des difficultés majeures, les petits commerçants indépendants sont encore plus touchés.

Mais il n'y a pas que l’habillement et la chaussure à pâtir.

Les banques ont toutes programmé des fermetures massives d'agence d'ici 2020 (400 fermetures rien que pour la Société Générale).

Une pharmacie ferme tous les deux jours en France.

Le groupe Casino, qui n'est plus dans une forme éblouissante, a trouvé un bon moyen de faire des économies : fermer les magasins non rentables ou les céder à des franchisés.

Autant dire que s’agissant de SCPI, la première rubrique à regarder dans les bulletins trimestriels est le taux de vacance et le taux d'encaissement des loyers. Puis les associés doivent interpeler leurs conseils de surveillance pour passer le patrimoine au peigne fin.

 

La situation n’est pas propre à la France et s’avère parfois pire dans les pays voisins.

Selon CODATA, les pays les plus touchés par la vacance commerciale en centre ville sont, dans l'ordre :

1er : Portugal

2ème ex aequo : Belgique et Espagne

4ème : Italie

5ème : Hollande

6ème ex aequo (assez loin derrière) : France et Allemagne.

Il y a ainsi peu de chance pour que les investissements hors de France, ailleurs en Europe, arrangent les résultats.

 

La financiarisation de l'immobilier est, hélas, passée par là depuis longtemps : les gérants de SCPI ne parlent plus que de rendement.

La boutique rapporte du 6% ? On achète, le plus souvent sans que le CS la voit.

A Paris où on trouve des emplacements sécurisés à 4,5%, ceux-ci sont jugés trop peu rentables.

A la place, on achète du 6% en province qui durera peut être quelques mois, avant que le local soit restitué vide, sans pratiquement aucune chance de le relouer sauf abattement de 40% sur le loyer. Et 2 ans après, il est à nouveau vide. De nouveau, abattement de 40% ..... après 3 ans de vacance.

 

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22 000 salariés dans les mains de vautours de la finance

Vivarte est le premier groupe d'habillement français : André, San Marina, Caroll, Kookai, Naf Naf, La Halle aux chaussures etc... tout le monde connaît. Depuis 15 ans, l'entreprise est aux mains des financiers : investisseurs au départ, fonds vautours aujourd'hui. Dans l'indifférence générale.

Vivarte est le plus gros groupe d'habillement en France. Sauf rare exception, vous ne trouverez rien de Made In France dans ses enseignes, mais c'est un groupe bien français à l'origine. Plus de centenaire.

Tout a commencé à Nancy par une usine de chaussure en 1896, puis un premier magasin à Paris en 1903. Magasin André. Pendant 100 ans, ce fut d'ailleurs le nom de l'entreprise... puis au début des années 2000, tout a changé.

Fini l'actionnariat familial, fini le nom André. L'entreprise alors florissante et qui a bien grandie est rachetée par des investisseurs, rebaptisée Vivarte, puis revendue, puis rachetée, puis encore revendue.

A chaque fois les acquéreurs auront un profil de plus en plus financier.

Depuis 2014, rien ne va plus, les PDG valsent, il y en a eu quatre en 2 ans. Le dernier, Stéphane Macquaire a été limogé par les actionnaires jeudi dernier, six mois après avoir été nommé, trois semaines après avoir présenté sa stratégie sur 5 ans.

Le nouveau PDG (photo dans le tweet ci-dessous), nommé dans la foulée, doit rencontrer les syndicats de salariés ce mercredi 2 novembre.

PDG mercenaire selon la CFDT...

Le syndicat a posté sur son site Facebook un article qui explique d'où vient cet homme. Il s'appelle Patrick Puy. Il fait partie de ces quelques managers spécialisés dans les entreprises en crise. Passé par Moulinex, TDF, ARC international, Patrick Puy cité dans des articles de presse dit lui même:

Le premier jour, les syndicats affichent mon portrait et ils tirent des fléchettes dessus. Mais une fois données les règles du jeu, les choses s'améliorent.

NB: Ce billet est une version longue et "augmentée" du billet radio. Plus de détail, des liens et de quoi approfondir ce dossier à tiroir très compliqué.

Patrick Puy a été nommé par le conseil d'administration, qui s'est d'ailleurs divisé. Le président de ce conseil, Pierre-Antoine Gailly a même démissionné après le limogeage du précédent PDG. Il s'en est expliqué à l'agence Reuters en ces termes.

"A la suite de la décision prise par la majorité du conseil d'administration de mettre fin aux fonctions de Stéphane Maquaire, j'ai immédiatement démissionné de mon double mandat d'administrateur indépendant et de président du conseil d'administration du groupe Vivarte, marquant ainsi mon désaccord avec cette décision"

Vivarte est un cas emblématique du capitalisme financier poussé à son paroxysme: les administrateurs de l'entreprise sont aussi ses actionnaires....

Généralement, il y a une séparation des rôles. Les actionnaires apportent l'argent et espèrent un retour sur investissement. Ils sont représentés au conseil d'administration mais le conseil est censé voir à plus long terme dans l'intérêt du projet de l'entreprise.

Pas chez Vivarte. Le conseil d'administration est dominé par des fonds que l'on peut appeler fonds de private equity, hedge funds ou encore fonds vautours. Des fonds américains essentiellement dont les principaux impliqués dans Vivarte sont :

Alcentra
Oaktree
Babson, un fonds appartenant à Barings
GLG Partners
Si vous parlez anglais rendez vous sur les sites des ces quatre principaux actionnaires, vous ferez une incursion dans le monde de ce qu'on appelle les "fund managers", les gestionnaires de fond. Il en existe toute une variété. Ils sont un des leviers de financement des entreprises. Ce n'est pas nécessairement mauvais, c'est même un moyen de financer, notamment les entreprises de taille intermédiaire.

Les fonds qui ont investi dans Vivarte pratiquent à grande échelle le rachat de dette d'entreprise en difficulté. On les nomme vautours, car ils ont ensuite pour objectif d'en prendre le contrôle en transformant cette dette en capital, de rétablir la situation de l'entreprise, ou la liquider, récupérer leur mise (s'ils peuvent) et partir. C'est un business à part entière, on appelle ça le marché de la "distressed debt", la dette décotée.

La stratégie des fonds vautours

OakTree explique clairement sur son site cette stratégie (désolée en anglais pour le moment).


The market inefficiencies we seek as a firm are exemplified in distressed debt. The Oaktree team has a long history of investing in the debt of financially distressed companies. Our approach seeks to combine protection against loss, which generally comes from buying claims on assets at bargain prices, with the substantial gains to be achieved by returning companies to financial viability through restructuring.

Première étape : identifier une entreprise très endettée, mais rentable ou potentiellement rentable. C'était le cas de Vivarte quand elle est passée au main de ces fonds vautours en 2014.

Avant, l'entreprise appartenait à un groupe financier anglais Chartered House, qui l'avait acheté au prix fort via un LBO, un Leverage Buy Out, technique financière qui permet de faire payer par l'entreprise elle même le coût de son achat.

Quand elle a été acheté par Chartered House en 2007, Vivarte allait bien et surtout on était dans la période où les prix s'envolaient et les niveaux d'endettement concédés par les banques étaient au plus haut. Elle a donc été payé au prix fort. 3 milliards 200 millions d'euros.

3 milliards 200 millions dont l'essentiel s'est retrouvé au passif de l'entreprise, dans sa dette (c'est ça le principe du LBO). Une somme colossale, bien supérieure au chiffre d'affaire. En 2008, la crise plombe les ventes, des erreurs de stratégie et la concurrence féroce dans ce domaine n'arrangent rien. Et puis, il y a cette dette à rembourser chaque mois sur les cash-flows de l'entreprise (c'est à dire ce qu'elle peut dégager comme revenu).

En 2014, quasi faillite, la dette est décotée, et c'est là, deuxième étape, que les fonds vautours arrivent, rachètent la dette pour 800 millions d'euros, trois fois moins que ce qu'elle valait avant, s’immiscent dans le conseil d'administration, et commencent à dicter la stratégie à l'entreprise.

Dans le cas de Vivarte, loin d'aider l'entreprise, leur arrivée va encore plus la plomber. D'abord parce que les 800 millions qu'ils ont apporté ont eux aussi été intégrés au passif de l'entreprise, donc se sont rajoutés à la dette que Vivarte doit rembourser. Ensuite parce que ces "racheteurs de dette" ont injecté 500 millions dans l'entreprise, 500 millions qu'ils font aussi payer par l'entreprise à un taux d'intérêt de 11%! 11%. Un taux énorme. Du coup, en deux ans, la dette de l'entreprise est passée de 800 millions à 1,5 milliards d'euros. Spirale infernale... et pourtant Vivarte continue à être rentable sur certaines marques selon des documents que j'ai pu consulter.

NB: Aucun chiffre n'est disponible publiquement car l'entreprise n'est pas cotée. De plus le service de presse de l'entreprise était "en weekend prolongé" entre vendredi et ce mercredi et n'a pu que me renvoyer vers son agence de presse, qui devait me contacter et ne l'a pas fait. Last but not least, "l'espace presse" sur le site du groupe est malencontreusement "planté" en ce moment. Aucune information officielle n'était donc disponible à la diffusion de ce billet.

Sauver l'entreprise ou la revendre par petits lots?

Le précédent PDG, Stéphane Macquaire avait encore l'espoir de remettre Vivarte sur les rails, via des ventes de magasin et un plan social supprimant 1600 emplois. Mais cela aurait pris un certain temps.

L'actionnaire fond vautour spécialiste de la dette décotée lui à un objectif de rendement... et Vivarte est une pépite. Ses marques sont fortes, encore rentables pour certaines, on peut donc les vendre par petits lots. Cette mise en vente a d'ailleurs commencé selon Capital.

Est-ce pour cela que le précédent PDG a été limogé? Est-ce parce qu'il a placé l'entreprise sous mandat ad hoc du tribunal de commerce de Paris (étape préliminaire à la faillite) cet été?

On le saura quand on connaîtra le projet du nouveau PDG Patrick Puy.

L'histoire de Vivarte, c'est l'histoire d'une entreprise entre les mains de ce que la finance peut faire de pire quand tout va mal. Tous les LBO et tous les rachats de dette décotée ne se passent pas aussi mal, et Vivarte a aussi ses propres problèmes de positionnement et de stratégie. N’empêche, dans son cas, le rachat par LBO puis l'intervention de ces financiers adeptes des entreprises proches de la faillite peut lui être fatal. 22 000 salariés sont concernés, 17 000 en France, et le silence des politiques est total.

Pourtant tous ont vilipendé ce capitalisme financier outrancier. Souvenez vous des discours de Nicolas Sarkozy, lors de la crise de 2008 sur le bon capitalisme entrepreneurial, et le mauvais capitalisme financier. Souvenez-vous du "Mon ennemi c'est la finance" de François Hollande.

Pourquoi ce silence sur Vivarte alors que 17 000 emplois sont potentiellement menacés en France? Ont-ils des solutions à proposer?

 

En tout cas, les associés de SCPI comportant des boutiques détenant des baux exposés gagneront à suivre l’affaire de près.